Une nouvelle cible thérapeutique pour lutter contre les addictions ? 

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Publié le 21 octobre 2021 Mis à jour le 21 octobre 2021
Date(s)

le 21 octobre 2021

équipe Barik
équipe Barik

L’addiction aux drogues est une maladie psychiatrique pour laquelle aucun traitement pharmacologique à l’efficacité durable n’existe aujourd’hui. Elle est marquée par des comportements compulsifs de recherche et de consommation de drogues en dépit des conséquences néfastes pour l’individu ainsi qu’un taux élevé de rechute après l'abstinence. 

Une caractéristique commune à toutes les substances addictives est d’augmenter la concentration d’un messager chimique, la dopamine, au sein des régions cérébrales qui forment le circuit neuronal de la récompense. L’augmentation des taux de dopamine au sein de ce circuit neuronal altère durablement la transmission synaptique excitatrice, qui dépend du neurotransmetteur glutamate, et engendre la mise en place de comportements addictifs. L’identification des bases moléculaires responsables de ce « dialogue » néfaste entre la dopamine et le glutamate apparait donc comme un défi majeur qui peut contribuer au développement de stratégies thérapeutiques innovantes.  

Une nouvelle étude internationale (1) impliquant des scientifiques du CNRS, Sorbonne Université, d’Université Côte d’Azur et de l’INRAE, dévoilent, chez la souris et chez l’humain, les bases moléculaires responsables de ce dialogue néfaste entre la dopamine et le glutamate. Ces travaux mettent en évidence que l’exposition répétée à la cocaïne induit l’hétéromérisation, c’est à dire l’interaction physique directe, entre certains récepteurs de la dopamine et du glutamate. Cette hétéromérisation est un mécanisme puissant par lequel des récepteurs partenaires modulent leurs fonctions de façon réciproque. Ces changements perdurent à la fois dans des cerveaux de souris et dans des tissus post-mortem humains avec un historique de dépendance aux psychostimulants. Les travaux montrent que le blocage de ces interactions protège des comportements pathologiques provoqués par la cocaïne chez la souris, sans altérer les réponses à des récompenses naturelles comme l’appétence pour le chocolat. Ils ouvrent ainsi la voie au développement de nouvelles stratégies thérapeutiques pour traiter l’addiction, mais aussi pour un plus large spectre de troubles psychiatriques impliquant une altération des signaux dopaminergiques et glutamatergiques. 

Ils sont publiés dans la revue Science Advances le 20 octobre 2021. Le projet a été soutenu par des financements de la Fondation pour la Recherche Médicale et de l’Agence Nationale de la Recherche. 


Note 

1 Laboratoire Neurosciences Paris-Seine (CNRS / Sorbonne Université / Inserm). 
Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire (CNRS / Université Côte d’Azur). 
Laboratoire NutriNeuro (INRAE / INP Bordeaux / Université de Bordeaux).   


Bibliographie 

Disrupting D1-NMDA or D2-NMDA receptor heteromerization prevents cocaine’s rewarding effects but preserves natural reward processing. 
Andry Andrianarivelo, Estefani Saint-Jour, Paula Pousinha, Sebastian P. Fernandez,Anna Petitbon, Veronique De Smedt-Peyrusse, Nicolas Heck, Vanesa Ortiz, Marie-Charlotte Allichon, Vincent Kappès, Sandrine Betuing, Roman Walle, Ying Zhu, Charlène Joséphine, Alexis-Pierre Bemelmans, Gustavo Turecki, Naguib Mechawar, Jonathan A Javitch, Jocelyne Caboche, Pierre Trifilieff, Jacques Barik, Peter Vanhoutte.