Les premières images de la toile cosmique révèlent une myriade de galaxies naines insoupçonnées

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Publié le 26 mars 2021 Mis à jour le 12 mai 2021
Date(s)

le 19 mars 2021

toile cosmique
toile cosmique

Les filaments de gaz dans lesquels naissent les galaxies sont prédits depuis longtemps par les modèles cosmologiques mais il n'existait pas encore de véritables images de ces objets. Pour la première fois, plusieurs filaments de cette « toile cosmique » ont été observés directement, grâce à l’instrument MUSE1 du Very Large Telescope de l’ESO, au Chili. Ces observations de l’Univers jeune, 1 à 2 milliards d’années après le Big Bang, suggèrent l’existence de très nombreuses galaxies naines, jusqu’alors insoupçonnées.

 Issue d’une collaboration internationale dirigée par le Centre de recherche astrophysique de Lyon (CNRS/Université Lyon 1/ENS de Lyon) et associant le laboratoire Lagrange (Université Côte d’Azur/CNRS/Observatoire de la Côte d’Azur), cette étude parait dans la revue Astronomy & Astrophysics le 18 mars 2021.

La structure filamentaire du gaz d’hydrogène dans lequel se forment les galaxies, appelée toile cosmique, est l’une des grandes prédictions du modèle du Big Bang et de la formation des galaxies [figure 1]. Jusqu’à présent, la connaissance que nous en avions était limitée à quelques zones particulières, notamment en direction de quasars : ceux-ci agissent comme des phares de voiture, leur puissant rayonnement révélant les nuages de gaz le long de la ligne de visée. Cependant, ces régions sont peu représentatives de l’ensemble des filaments où sont nées la plupart des galaxies, dont la nôtre. Observer directement la faible lueur du gaz formant ces filaments était un Graal, auquel vient d’accéder une équipe internationale dirigée par Roland Bacon, chercheur CNRS au Centre de recherche astrophysique de Lyon (CNRS/Université Lyon 1/ENS de Lyon). 

L’équipe a fait le pari de pointer, sur une unique région du ciel pendant plus de 140 heures, le Very Large Telescope de l’ESO, équipé de l’instrument MUSE couplé au système d’optique adaptative du télescope : ensemble, ces instruments forment l’un des systèmes les plus performants au monde2. La région choisie fait partie du champ ultra profond de Hubble, qui était jusqu’à présent l’image la plus profonde du cosmos jamais obtenue. Mais Hubble vient d’être détrôné puisque 40 % des galaxies découvertes grâce à MUSE n’ont pas de contrepartie dans les images de Hubble. 

Il a fallu huit mois, après une planification minutieuse, pour conduire cette campagne d’observation hors norme. Puis une année d’un long processus de traitement et d’analyse des données, qui a permis de révéler pour la première fois la lueur des filaments d’hydrogène, et d’obtenir les images de plusieurs filaments tels qu’ils étaient 1 à 2 milliards d’années après le Big Bang, une époque clé pour comprendre comment les galaxies se forment à partir du gaz de la toile cosmique [figures 2 et 3]. Mais la plus grande surprise est venue lorsque l’équipe a réalisé, grâce à des simulations, que la lueur du gaz provenait d’une population jusqu’alors invisible de milliards de galaxies naines donnant naissance à de nombreuses étoiles3 [figure 4]. Ces galaxies sont trop faiblement lumineuses pour être détectées individuellement avec les moyens actuels, mais leur existence aura d’importantes conséquences pour les modèles de formation de galaxies, conséquences que les scientifiques commencent tout juste à explorer.

Lire le communiqué du CNRS