Le chromosome Y ne raccourcit pas la durée de vie des mâles

  • Recherche
Publié le 20 juin 2023 Mis à jour le 28 juillet 2023
Date(s)

le 16 juin 2023

chromosome
chromosome

Une nouvelle étude publiée en juin 2023 dans Nature Ecology and Evolution par une équipe de l'Institut de biologie Valrose (Université Côte d 'Azur, CNRS) démontre que le chromosome Y n'a aucun impact sur la longévité masculine. Cette découverte réfute l'hypothèse répandue selon laquelle le chromosome Y a un effet toxique et raccourcit la durée de vie des hommes.

De nombreuses espèces présentent des différences de durée de vie entre mâles et femelles. Un modèle populaire pour expliquer cette observation est que les chromosomes sexuels contribuent au vieillissement par un effet « toxique » du Y. Cette hypothèse largement répandue suggère que la présence du chromosome Y impacte la longévité des hommes. Par exemple, chez les lions, les éléphants d'Asie ou les orques, les femelles XX, vivent plus longtemps que leurs homologues mâles XY. Chez l'Homme, les individus XX vivent en moyenne 7 % plus longtemps que les individus XY. Par rapport à une population contrôle, les individus avec un caryotype XXY (syndrome de Klinefelter) ont une réduction de 2 ans de longévité, et ceux avec un caryotype XYY ont une réduction encore plus grande. Ces données suggèrent également un effet négatif du Y sur la longévité chez l'Homme. Fait intéressant, certaines classes d'animaux montrent un effet opposé.

Chez certains oiseaux et reptiles, les mâles possèdent des chromosomes ZZ tandis que les femelles sont ZW, le W étant équivalent au chromosome Y. Dans ces espèces, les mâles ZZ survivent aux femelles, leur longévité pouvant être beaucoup plus longue. Cette observation s'étend à un autre règne du vivant. Chez les plantes dioïques avec des chromosomes sexuels, les individus XY ont une durée de vie réduite. Ces études corrélatives suggèrent que le chromosome Y pourrait être responsable des différences de longévité entre les sexes. Cependant, cette hypothèse n’a jamais été testée expérimentalement.

Pour interroger directement cette théorie du « Y toxique », Rénald Delanoue et Charlène Clot, de l'équipe Sexe et Physiologie Cellulaire de l'Institut de Biologie Valrose, ont généré des tissus et des lignées de Drosophile dans lesquels ils ont directement manipulé la taille et le nombre de chromosomes Y à l'aide d’une méthode innovante utilisant CRISPR-Cas9.

Grâce à cette approche génétique, ils ont découvert que modifier le nombre ou la taille du chromosome Y n'avait aucun impact sur la longévité masculine. Cette découverte réfute l'hypothèse selon laquelle le chromosome Y a un effet toxique et raccourcit la durée de vie des mâles. Ils ont utilisé les mêmes manipulations génétiques pour montrer que le chromosome Y n’est pas non plus important pour d'autres différences physiologiques clés entre les sexes. Ils ont étudié par exemple l'impact du chromosome Y sur les  différences entre les sexes dans le comportement des cellules souches somatiques adultes et les cancers intestinaux. Les implications de ces découvertes sont considérables car des différences de longévité entre
les sexes sont observées chez la plupart des animaux, y compris les humains. Dans l'ensemble, ces résultats rejettent l'hypothèse du "Y toxique" qui postule que le chromosome Y entraîne une durée de vie réduite chez les individus XY.
Pour en savoir plus

Y chromosome toxicity does not contribute to sex-specific differences in longevity
Rénald Delanoue, Charlène Clot, Chloé Leray, Thomas Pihl & Bruno Hudry
Nature Ecology and Evolution 2023, sous presse

Illustration

Des chromosomes Y de différentes tailles ont été produits à l'aide de CRISPR-Cas9 chez la Drosophile. La présence ou la taille du chromosome Y n'entraîne pas de diminution de la longévité chez les mâles, et n’affecte pas non plus les dimorphismes sexuels de taille et d’incidence de développement de cancers intestinaux.

schema Hudry
schema Hudry

Julien Marcetteau et Bruno Hudry. Illustration et vignette

Contact

Bruno Hudry - Chargé de recherche CNRS - +33 4 89 15 07 60 - Bruno.Hudry@univ-cotedazur.fr